Un Blog d'entreprise, pour quel impact ?
Un blog d'entreprise, une bonne idée pour avoir plus de visibilité, renforcer votre crédibilité technique, créer une relation de confiance et parler de votre entreprise. Mais c'est aussi une contrainte : l'alimenter régulièrement avec du contenu pertinent.
📚 J’ai été Redacteur en Chef de MetalBlog 📚pendant 8 ans (15 % de mon temps environ), en parallèle de mon job (responsable d’activité). Avoir un Blog d’entreprise en plus d'un site Web, cela permet de communiquer sur les produits, les process, les salons, les nouveaux clients et plus généralement la vie de l’entreprise
✅ MetalBlog était un blog consacré au monde du métal (moulé, forgé) qui explorait 5 thématiques majeures : les alliages et la métallurgie, les process de transformation, le numérique, les applications et pièces et enfin les actualités du moment (salons professionnels). J’ai moi-même rédigé plusieurs dizaines de posts et surtout sollicité (embêté) mes collègues, experts de différents domaines. Ensuite, j’ai mis à contribution des partenaires extérieurs (fournisseurs, start-up, universitaires, industriels) en lien avec le métal. Dans certains cas, j’ai assisté les rédacteurs pour finaliser (correction, modification …). Soyons honnête, certains partenaires (ou collègues) m’ont quelquefois promis un post, mais ne me l’ont jamais livré, faute de temps ou de motivation. J’ai pris conscience que nous n‘étions pas égaux face à une page blanche
✅ La satisfaction des lecteurs était de l’ordre de 98 %. Une très petite minorité regrettait que les articles ne précisent pas leur source ou soient trop courts. Difficile de contenter tout le monde. Un post de blog, n’est pas une thèse, ni un article scientifique. Il y avait de nombreux commentaires des lecteurs et j’y répondais (en validant la réponse auprès de l’auteur) et j’assurais la modération des commentaires. J’avais rédigé une charte éditoriale (longueur des articles, thèmes, illustration …) qui aidait les rédacteurs et posait le cadre
✅ Pour une entreprise, avoir un blog présente de nombreux avantages. Tout d’abord, améliorer significativement le référencement naturel (SEO) grâce à de nombreux mots clefs et à un maillage (lien vers les pages de service). Ensuite, cela permet d’attirer un trafic qualifié: un visiteur qui trouve sa réponse sur votre blog va naturellement vous faire confiance. Ensuite, le blog est l'espace idéal pour montrer votre savoir-faire. En partageant votre analyse, vous prouvez que vous maîtrisez votre sujet
✅ Face à un concurrent au site "muet", l'entreprise qui explique et conseille sera toujours plus crédible. Le Blog permet de créer une relation avec vos clients là où un site web peut paraître froid et institutionnel. Le blog permet d'adopter un ton plus accessible, de partager les coulisses de l'entreprise, de présenter l'équipe ou d'exprimer ses valeurs. Enfin, créer du contenu de qualité permet d’alimenter facilement les autres canaux de communication (réseaux sociaux, Newsletter)
✅ Les contraintes d’un blog, c’est évidemment de l’alimenter régulièrement avec du contenu de qualité. On peut s’appuyer aussi, pour le contenu, sur des prestataires extérieurs, à l’aise avec la rédaction de contenu.
La guerre, vecteur d'innovation
La guerre en Ukraine est en train de bouculer le concept de guerre moderne avec une robotisation croissance (drones volants et terrestres) du théâtre des opérations. Mais la guerre n'a t-elle pas été de tout temps source d'innovation ?
🤔 J’ai toujours été convaincu, que malheureusement, la guerre était un vecteur d’innovation. Le conflit en Ukraine a permis à ce pays de développer une infrastructure industrielle et un modèle économique de production de drones de combat pour résister à l’envahisseur russe. Selon une source militaire française, 65 à 85 % des destructions de positions russes sont dues à des drones FPV Ukrainiens.
⏩ D’autres conflits ont permis de telles avancées. Les guerres napoléoniennes ont vu l’émergence de l’artillerie standardisée (système Gribeauval), des conserves (Appertisation) et des ambulances volantes. La guerre de Sécession, celle des cuirassés et des fusils à répétition. Enfin la Deuxième Guerre mondiale a accéléré l’invention du moteur à réaction, du radar, du missile balistique (V2), de l’informatique (Alan Turing) et de l’arme nucléaire (projet Manhattan).
⏩ En Ukraine, près de 440 entreprises (DeViRo, Ukrspecsystems, Athlon Avia, …) fabriquent des drones, coordonnées par le cluster public-privé Brave1. Certaines entreprises utilisent plus de 300 imprimantes 3D pour produire les châssis en fibre de carbone et augmenter leur agilité.
Les innovations techniques majeures :
✅ Le guidage terminal : Le drone finit sa course de manière autonome grâce à la vision par ordinateur (IA), rendant le brouillage inefficace
✅Essaims de drones (Swarmer) : Coordination automatique (IA) d'une dizaine de drones par un seul opérateur. La start-up est récemment entré au Nasdaq
✅Intercepteurs de drones : Développement de drones rapides spécialisés pour percuter les drones adverses
✅Système Delta : Intégration en temps réel des flux vidéo des drones dans une carte de commandement partagée
⏩Le modèle économique est lui aussi innovant car très décentralisé. Chaque régiment local a son propre budget et peut commander librement à l’entreprise de son choix. En effet, qui est le mieux placé pour choisir le matériel le plus performant que le front. Les entreprises sont très agiles et peuvent passer du prototype à la production série en quelques semaines.
⏩Le coût de fabrication est réduit : entre 350 et 800 € pour le drone Kamikaze FPV, 2500 € pour un intercepteur. Le marché de la défense Ukrainien est de près de 6 Mds € dont une part importante pour les drones. L’Ukraine a une capacité de production de 7 millions de drones en 2026 (4 M. en 2025). Ces machines préservent la vie des combattants car les militaires opèrent ces drones en retrait du front, s’exposant beaucoup moins aux frappes russes.
⏩Le président Volodymyr Zelensky a fait le déplacement récemment au Qatar pour signer des accords de coopération militaires et proposer le savoir-faire de ses entreprises.
🚀 L'Ukraine est clairement en train de redéfinir la doctrine militaire mondiale. C’est la vitesse d'itération logicielle/hardware qui prime sur la puissance de feu avec une robotisation croissante du théâtre de guerre.
La protection de l'innovation
Le brevet permet de protéger une innovation de produit. Oui, mais pour une innovation de process, cet outil de PI est-il encore pertinent ? Peut-on hybrider les modes de protection ? C'est toute la stratégie de la PI dont il s'agit.
🚀 Quand on innove🚀, il faut protéger son invention. Sinon, les concurrents copient et s’en emparent. Plusieurs solutions - le brevet, l’enveloppe Soleau, le secret - avec chacune ses avantages et limites
✅ Le brevet semble à priori la meilleure solution. Il faut, pour le rédiger, passer par un cabinet de conseil en PI et réfléchir à sa portée : européen ou plus large (Etats-Unis, Japon …) et aux revendications. Au-delà du coût initial, le brevet va nécessiter, de payer des annuités qui dépendent du nombre de pays. Le brevet est valable pendant une durée maximale de 20 ans. Pour un brevet européen, le coût de dépôt est d’environ 6 à 10 k€ avec un coût annuel progressif (de 470 € la 3e année à 1575 € la 10e année). A défaut de payer, le brevet tombe. Lorsqu’un brevet a cessé d’être intéressant (dépassé, pas exploité), on peut sciemment cesser de le maintenir pour reporter les sommes vers des brevets plus récents
✅ Les PME utilisent très peu ce mode de protection qui est majoritairement utilisé par les grands groupes (politique de brevet, gestion du portefeuille de brevets). En effet, les brevets participent à la valorisation d’une entreprise (actifs immatériels). Des primes incitatives pour le personnel favorisent les dépôts. Les 5 plus gros déposants sont Stellantis (1 294 demandes), Safran (1 266), Renault Group (746), L'Oréal (714) et le CEA (568). Les brevets européens sont délivrés par l'Office Européen des Brevets (OEB), à Munich et l’INPI gère les annuités pour la France. En cas de copie, une action en contrefaçon devant le tribunal judiciaire compétent doit être menée
✅ L’enveloppe soleau est peu coûteuse. Mais ne crée aucun droit de propriété industrielle : elle prouve uniquement une date certaine de possession (utile en cas de litige d'antériorité). Depuis avril 2024, le dépôt papier a disparu au profit du 100 % numérique (e-Soleau), conservé par l'INPI de 5 à 20 ans selon l'option choisie, pour 15 € par tranche. Une e-soleau contient la description écrite de l'invention (schémas, plans, photos de prototype, code source, tout document daté)
✅ Le secret permet de conserver une longueur d’avance sur la concurrence en ne diffusant aucune information. Le secret est plus facile à conserver sur un process de fabrication qui reste interne à l’entreprise. A contrario, un produit vendu est analysable en détail (rétro-conception) par la concurrence qui peut tenter de le reproduire
✅ Certains industriels ont formalisé une doctrine hybride : breveter tout ce qui est visible ou identifiable par rétro-ingénierie (structure, architecture, technologies apparentes) et garder secret tout ce qui reste invisible dans le produit fini (machines / procédés internes)
✅Mais pour protéger une innovation, il n’y a pas de solution universelle. Le bon choix dépend de la nature de l'innovation, du budget, de l'horizon de valorisation, de la stratégie et de la capacité à surveiller le marché
Le pilotage des risques projet
L'innovation comporte des risques (techniques, organisationnels, liés aux partenaires du projet, budgétaire ...). Le pilotage des risques (identification, cotation, mitigation, registre des risques ...) fait partie de la gestion de projet. On l'oublie trop souvent !
📚 Dans un projet d’innovation 📚, il est difficile d’échapper au pilotage des risques. Ces risques peuvent être de nature technologique, mais également être humain, organisationnel. Dans tous les cas, il faudra les piloter et ce d’autant plus que le projet est impactant pour les parties prenantes et à fort enjeu pour l’entreprise (projet stratégique).
🔎 La première chose, c’est évidemment d’identifier ces risques. Ensuite, il faut les quantifier afin d’"attaquer" les risques majeurs en premier.
On utilisera 2 critères:
- la probabilité d'occurrence (P) (échelle de 1 à 4)
- la gravité (G) (échelle de 1 à 4).
Une gravité à 4 signifie que les conséquences sont très importantes, dépassant le projet et pouvant nuire à toute l’entreprise (au-delà du projet) alors qu’un gravité de 1 a des conséquences mineures (par exemple dérive de délai de 1 sem. sur un projet d’un an).
La criticité d’un risque ( C) sera alors P x G et sera gradué de 1 à 16. On définit 3 catégories de risques :
- les risques à faible criticité (C <= 2)
- à criticité moyenne (3 =< C < =6)
- et enfin ceux à criticité importante (C >= 8).
Pour certains projets, on pourra éventuellement rajouter la probabilité de non détection du risque.
⚡ Les risques sont classifiés selon 3 catégories : impactant la qualité du livrable (machine, produit, algorithme, rapport), le délai de réalisation et le budget. Selon le type de projet et l’impact des risques (pénalité financière, image de l’entreprise, nouveau marché …), on pourra être plus vigilant sur certains risques critiques
💡 Pour tous ces risques, on peut choisir entre 4 stratégies en amont (lors du démarrage du projet). Les accepter (si risque faible), les éliminer (par une action préventive, par exemple en substituant un calcul sur une ancienne version très stable au lieu de la nouvelle version initialement retenue), les transférer (s’ils dépassent la responsabilité du chef de projet → transfert vers la direction), les atténuer (mitigation) en déployant des plans d’actions qui peuvent être déclencher sur des seuils par exemple (une non conformité d’un fournisseur → audit de ce fournisseur ou activation d’un second fournisseur déjà identifié)
📊 Pour certains projet, il faudra tenir un registre des risques - document évolutif et vivant tout au long du projet - qui regroupe la nature, la quantification des risques (P, G, C) , le plan d’action possible et son responsable, la date de déclenchement du plan d’action et sa durée potentielle. Les gros projets (plusieurs M€) nécessitent d’avoir un Risk Manager, qui sera dédié exclusivement au pilotage des risques et pourra suivre plusieurs projets.
✅ En gestion des risques, enfin, le retour d’expérience est primordial et une base de données regroupant - sur un grand nombre de projets - les risques identifiés et ceux réellement arrivés (et les plans de mitigation) aura une valeur certaine pour le pilotage des futurs projets.
La Low-Tech arrive
La High Tech est la solution à tout. Pas si sûr. 🤔Elle peut être couteuse, fragile, consommatrice d'énergie. Depuis quelques temps, la Low Tech progresse, même dans l'industrie.
De par ma formation d’ingénieur Arts et Métiers, la technologie (sous entendu high-tech) a été longtemps mon crédo. La Science-fiction, a sans doute également conforté ma vision que la technologie high-tech était la solution à tout !
🚀 La high-tech, c’est l’utilisation de technologie de pointe (informatique, automatisme, complexité des mécanismes) pour améliorer les systèmes industriels ou créer des produits grand public.
🌿 Depuis quelques années est apparu le concept de technologie low-Tech. Le low-tech prend l’exact contre-pied de la high-tech : des systèmes simples, faciles à construire et à maintenir, mécanisme sans besoin d’énergie, pas d’électronique, pas d’IA (non, c’est trop high-tech “Moosieu l’ingénieur”).
🌿Le concept de Low-Tech est né dans les années 1970, avec les réflexions critiques sur la haute technologie. Puis la prise de conscience de la nécessaire transition écologique et de la raréfaction des ressources (pétrole, gaz, métaux, .) a réactivé plus récemment cette démarche pour des technologies low-tech. Historiquement, l’humanité a très longtemps utilisé le low-tech (moulin à vent, machine à tisser manuel, tour de potier, …). Mais les promoteurs de la low-tech argumente que la high-tech crée plus de problèmes qu’elle n’en résout.
📚 Le site en ligne “Low-Tech Magazine” fonctionne par exemple à l’énergie solaire et est hors-ligne en cas d’ensoleillement réduit avec des images en noir et blanc avec 4 niveaux de gris seulement. Centrale Nantes, les Arts et Métiers et l’ICAM ou des écoles de Design proposent toutes des parcours d’ingénierie low-tech dans la formations de leurs ingénieurs.
Les technologies low-tech dans la vie courante sont :
✅ Utiliser un moulin à café manuel (plutôt qu'un broyeur électrique) et une essoreuse à salade
✅ Refroidir chez soi avec un ventilateur plutôt qu’un climatiseur
✅ Un support papier pour prendre des notes plutôt qu’un PC ou une tablette
✅ Le vélo plutôt que la voiture
✅ Certaines sont davantage en rupture comme un panneau (MIT) transformant la vapeur d’eau en eau (sans électricité)
📚Au niveau industriel, les exemples sont moins présents. On peut “faire fondre du métal en soufflant dessus (à plusieurs) plutôt qu’utiliser un four électrique”. Non, je me moque. OK, je sors !
🌿La low-tech industrielle privilégie le retrofit de machines, le recyclage circulaire pour économiser matière première et l’énergie ou encore l’utilisation de matériaux plus économique (fonte, acier) à d’autres onéreux (titane, alliage base Ni), On remarquera que la low-tech est aussi vertueuse économiquement et privilégie souvent les solutions locales.
🌿Les adeptes du low-tech sont quelquefois présentés comme rétrogrades et ceux du high-tech comme irresponsables et non conscients des enjeux de développement durable en proposant des objets onéreux, inutilement compliqués et peu en rapport avec la satisfaction des vrais besoins.
La vérité est sans doute entre les deux.
Techno Push vs Demand Pull
Non, le Techno Push n'est pas une nouvelle danse. On vous explique la différence avec le Demand Pull sur un exemple en métallurgie en lien avec le développement d'un nouvel alliage.
Pour développer un nouvel alliage, faut-il répondre à une demande spécifique du marché ou être proactif et proposer un nouveau matériau à ses clients ? Dans le premier cas, on parlera de Market Pull (innovation tirée par le marché) et dans le second cas de Techno Push (innovation poussée par la technologie). Mais quels sont leurs avantages et limitations ?
✅Le Market Pull part des clients, de leurs besoins explicites et une offre y répond (produit, service, …). Imaginons un client qui opère sur le secteur maritime, ayant identifié un nouvel alliage au Japon, mais non breveté en Europe, et qui facilite l’usinage des pièces (issues de fonderie) et amène de meilleures performances en tenue à la corrosion en milieu marin.
Ce client prend contact avec son partenaire fondeur et lui demande de développer un alliage similaire en lui payant la R&D nécessaire. Évidemment, il ne souhaitera pas que cet alliage soit utilisé par ses concurrents et demandera au fondeur l’exclusivité de la production.
C’est à faible risque pour le fondeur (R&D payée) - qui peut par exemple s’appuyer sur un centre technique ou un laboratoire académique - mais c’est limitatif en termes de débouché ultérieur (un seul client sur un seul segment de marché) !
✅En Techno Push, la demande du marché n’est souvent pas explicitement exprimée. Un fondeur peut néanmoins ressentir des signaux faibles (remontés via ses commerciaux) et décider de lui-même de lancer un projet de R&D pour développer un nouvel alliage en rupture et répondant aux besoins "supposés" du marché.
Cette démarche est plus risquée. Elle est plus coûteuse pour le fondeur, même en cas d’aides et de financement extérieurs (CIR, CII). La R&D peut conduire à des résultats techniques peu probants. Même en cas de succès technique avéré, cet alliage innovant peut ne pas trouver de débouchés commerciaux suffisants. Cependant, en Techno Push, le fondeur aura la liberté d’exploitation de son alliage, pourra le protéger (PI) et déposer une marque commerciale, ce qui lui permettra d’être différenciant vis à vis de la concurrence.
✅En réalité, la situation n’est sans doute jamais aussi tranchée que cela. En effet, dans le premier scénario, le client ne souhaitera sans doute pas financer à 100 % les efforts de R&D et le fondeur peut négocier avec son client de pouvoir réaliser des pièces en dehors du marché maritime (là où son client n’est pas actif). Dans le second cas, le fondeur peut s’associer avec différents partenaires pour répartir le coût de la recherche. Il peut aussi, à un certain stade de développement, tester l'alliage chez ses clients et réorienter si besoin son approche technique ou conforter des choix en prenant en compte l’aspect économique (quel surcoût est près à mettre le marché pour des performances optimisées).
✅Il existe un continuum entre le Techno Push et le Market Pull. C'est un mix des 2 qui déclenche l’innovation et les projets de R&D dans l’industrie.
La méthode TRIZ
Pas forcement très connu du grand public - ni des innovateurs - la méthode TRIZ est très structurée. C'est l'un de ses point port et sans doute aussi la cause de sa lente diffusion dans le milieu de la R&D. Et c'est Triz...te.
Méthode TRIZ 🛠️ : Marre de l'innovation par "tâtonnements" ? Passez à la science de l'inventivité ! 🚀
L'innovation est souvent perçue comme un processus chaotique dépendant du "flash" de génie. Pourtant, pour un ingénieur, la résolution de problèmes peut devenir une science exacte.
▶️ Innov@cteur : Pour commencer, c'est quoi exactement la méthode TRIZ ?
- La méthode TRIZ est l'acronyme russe de la "Théorie de Résolution des Problèmes Inventifs". Elle a été initialement développée par Genrich Altshuller, un ingénieur de la marine. Après avoir analysé plus de 200 000 brevets, il est arrivé à une conclusion majeure : les évolutions technologiques ne sont pas aléatoires. Elles suivent des lois d’évolution et reposent sur un nombre limité de principes d’innovation universels. Contrairement au brainstorming, TRIZ est une approche systématique et algorithmique
▶️ Innov@cteur : En quoi consiste concrètement sa mise en œuvre ?
-Elle repose sur une logique de transfert : transformer votre "problème spécifique" en un "problème générique". Pour cela, on identifie des contradictions. Au lieu de chercher un compromis, TRIZ cherche à lever la contradiction. On utilise alors des outils comme la Matrice des contradictions, qui croise 39 paramètres standards avec 40 principes inventifs (comme la segmentation, l'extraction ou l'action à contre-sens) pour trouver des solutions éprouvées par d'autres industries
▶️ Innov@cteur : Qu'est-ce qui différencie TRIZ d'une simple résolution de problème classique ?
-La différence fondamentale réside dans le concept d’Inertie Psychologique. Naturellement, un ingénieur tend à chercher des solutions dans son propre domaine d’expertise. TRIZ force à sortir de ce cadre en proposant des directions de recherche totalement contre-intuitives.
▶️ Innov@cteur : Tu parles de "contradictions". Tu peux me préciser ce point pour un profil technique ?
-C'est le cœur de la machine. On distingue deux types. La contradiction technique : si j'améliore le paramètre A (ex: la résistance d'une pièce), le paramètre B se dégrade (ex: son poids). C'est le dilemme classique. La contradiction physique est plus profonde : un paramètre doit être dans deux états opposés à la fois. Par exemple, une surface de freinage doit être rugueuse pour l'adhérence, mais lisse pour limiter l'usure. TRIZ propose des techniques de séparation (dans le temps, dans l'espace ou selon les conditions) pour résoudre ces paradoxes
▶️ Innov@cteur : La méthode semble parfaite, mais quelles sont ses limitations ?
-Sa barrière majeure est la courbe d'apprentissage. TRIZ n'est pas "instinctive" ; elle demande de l'abstraction et une certaine rigueur intellectuelle. De plus, c'est une méthode d'ingénierie lourde : peu adaptée pour certains problèmes. Enfin, elle est très orientée "produit/technique" et s'adapte parfois plus difficilement aux processus purement organisationnels ou humains
La loi d'Amara ⭐
Nous avons tendance à surestimer les effet d'une technologie à court terme et à sous-estimer ses effets à long terme. Merci Roy (Amara) pour ce concept qui s'applique plutôt bien à la plupart des innovations technologiques.
Je me souviens quand le Lost-Foam est arrivé en Europe et en France. Cette technologie était tellement “magique” et avait tellement d’attraits (liberté de forme des pièces, sable sans liant, …) qu’elle allait se substituer et remplacer la fonderie en moulage sable. Bon, il n’en a rien été !
Quand la fabrication additive est arrivée, elle aussi devait conquérir l’entièreté du marché. Chaque journal de 20h, presque chaque jour, narrait la fabrication 3D de maison, de gâteau d’anniversaire, de bateaux, … Chacun aurait bientôt une imprimante 3D dans son garage et produirait, rendant caduc la fabrication en grande série et les usines traditionnelles. Bon, il n’en a rien été. Bis repetita ! Et les exemples sont très nombreux.
👁️🗨️ Cet effet s’appelle la loi d’Amara. Roy Amara était prospectiviste au Stanford Research Institute dans les années 1970 et il a formulé la loi éponyme « Nous avons tendance à surestimer les effets d'une technologie à court terme et à sous-estimer ses effets à long terme. »
La loi d'Amara décrit les attentes que nous traversons face à une rupture technologique :
✅ À court terme (Surestimation) : C'est la phase d'emballement. On s'attend à ce que l'innovation change nos vies du jour au lendemain. C'est une période d'optimisme "béat". Mais les changements, malheureusement, prennent du temps (infrastructures, force de l’habitude, régulations ...), les commerciaux annoncent souvent une invention bien avant sa maturité technique, les technologies anciennes résistent et s’adaptent, le marché n’est pas prêt, …, la normalisation n’a pas évoluée. La déception 😒 s'installe souvent car les résultats immédiats ne sont pas à la hauteur.
✅À long terme (Sous-estimation) : Pendant que l'intérêt du grand public retombe, la technologie mûrit dans les laboratoires, s'intègre et finit par transformer la société en profondeur, souvent de manière bien plus radicale qu'on ne l'avait imaginé au départ. Mais cela peut prendre 20 ans ou même davantage.
🔢 Ce concept est assez proche de celui du Cycle du Hype, dont je vous ai déjà parlé. Ce dernier, énoncé bien après la loi d’Amara, décompose l'évolution d'une technologie en plusieurs étapes : le déclencheur technologique, le sommet des attentes démesurées (surestimation à court termes de la loi d’Amara), le gouffre de la désillusion, la pente de l'illumination et le plateau de productivité
Quelques exemples concrets :
🆕 L'Internet : Au début des années 2000, on a surestimé son impact immédiat. Pourtant, 20 ans plus tard, son impact sur l'économie mondiale (e-commerce) et nos interactions sociales dépasse tout ce qui avait été prédit à l'époque
🆕L'Intelligence Artificielle : On est en plein dans la phase où l'on attend tout, tout de suite, de l'IA. Au risque d'être déçu par ses limites actuelles, alors que son influence réelle dans 10-15 ans sera probablement majeure.
La loi d'Amara me semble bien traduire la réalité des nouvelles technologies.
Le Crédit Impôt Recherche (CIR) ⭐
Le CIR est un dispositif fiscal (crédit d'impôt 💶) destiné à encourager les entreprises à innover ? Toutes les entreprises peuvent-elles en bénéficier ? C'est "quoi-comment-où-qui-combien-pourquoi" ?
⚫C’est quoi le CIR ? ⚫Le Crédit Impôt Recherche (CIR), créé en 1983 était initialement complexe et peu incitatif. Il a été réformé plusieurs fois avant d’atteindre sa forme actuelle
✅C’est un crédit d’impôt aux entreprises pour les inciter à conduire des travaux de recherche et calculé sur la base du montant des travaux de R&D. Il est déductible de l’impôt sur le revenu. Le CIR est utilisable par toutes les entreprises, qu'elles soient industrielles, commerciales, de services ou encore artisanales. En 2025, il a été une ènième fois réformée en supprimant de l’assiette de calcul les frais de brevet, de veille technologique ainsi que le doublement des frais dit de "jeune docteur". Sous sa forme actuelle, le CIR s’élève à 30 % des dépenses de R&D (si inférieures ou égales à 100 millions d’euros) et à 5 % au-delà
✅Le terme R&D s’appuie sur le manuel de Frascasti qui précise les conditions pour qu’un projet puisse être qualifié de R&D. Sont éligibles au CIR les activités de recherche fondamentale, de recherche appliquée et de dispositifs expérimentaux (prototypes et installations pilotes). Le CIR ne doit pas servir à financer des installations industrielles, des outillages ou des dispositifs utilisés en production
✅Le manuel de Frascati liste plusieurs critères de R&D, la nouveauté (ou une amélioration “substantielle” de l’existant) au delà du savoir-faire connu, les verrous techniques identifiables, la méthodologie de R&D, le rapport de projet et le pilotage du projet de R&D (personnel de niveau ingénieur ou assimilé).
✅Sont éligibles les dépenses de personnel (et de fonctionnement), les dépenses de sous-traitance auprès d'organismes agréés, les frais de normalisation et les dispositifs et moyens utilisés dans le projet de R&D
✅Le CIR est déclaratif, ce qui signifie qu’il n’est pas obligatoire que l’entreprise s’assure au préalable du caractère R&D de son projet. Cependant, une entreprise peut utiliser le "rescrit fiscal" pour valider lors de son lancement l’éligibilité d’un projet
✅L'administration fiscale conseille de tenir à jour les éléments de « reporting » scientifiques et analytiques (temps passé des membres de l’équipe projet) permettant de justifier, en cas de contrôle fiscal, de l'éligibilité des travaux et des dépenses associées. Le Fisc peut ,si besoin, se faire aider du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (qui mandate alors un Expert), pour juger du bien fondé d’un projet de R&D et exclure si nécessaire certaines parties du financement
✅Même s’il est coûteux pour l'État (8 milliards € / an environ) et si ses retombées sont quelquefois questionnées, ce dispositif - malgré des alternances de majorité présidentielle - a été pérennisé. D'autes pays comme l’Espagne (I+D R&D), l’Allemagne (« Gesetz zur steuerlichen Förderung von Forschung und Entwicklung »), la Grande Bretagne, les Etats-Unis (“R&D Tax Credit), le Canada (Crédit d'impôt pour la RS-DE), ... , utilisent des dispositifs proches
Innovation incrémentale ou de rupture
Faut-il innover en rupture ou à contrario, y aller progressivement, à sa propre vitesse, avec moins de risques, mais évidemment pour moins d'impact [peut-être] ? Lisez si vous aimez l'emmental (rapé ou non) 🤣
Innovation incrémentale ou de rupture en fonderie et en métallurgie ?
▶️ Inno@cteur : Pourquoi distingue-t-on ces deux formes d’innovation ?
- L’innovation incrémentale optimise l’existant : elle améliore, fiabilise, simplifie. L’innovation de rupture (le Gigacasting, le rheocasting, ...) elle, bouscule et redéfinit les règles du jeu. L’une sécurise la performance, l’autre ouvre un nouvel espace technologique. Les deux sont indispensables dans un environnement industriel sous contraintes fortes
▶️ Inno@cteur : L’incrémental n'est il pas trop “timide” pour transformer une entreprise ?
- Au contraire. Dans l’industrie, 80 % des gains proviennent d’améliorations progressives : réduction des temps de cycle, optimisation énergétique, allègement matière, automatisation partielle. Ce sont des leviers concrets, rapides, mesurables. Ils construisent la compétitivité au quotidien
▶️ Inno@cteur : Et la rupture, comment la reconnaît‑on ?
- Elle apparaît lorsqu’une technologie remet en cause un paradigme établi : fabrication additive métal, IA générative appliquée à la conception, nouveaux matériaux bio‑sourcés, procédés hybrides. La rupture n’améliore pas : elle déplace les frontières techniques et ouvre des marchés inattendus
▶️ Inno@cteur : Les deux approches s'opposent. Non ?
- Pas du tout. Elles forment un continuum. L’incrémental prépare la rupture en consolidant les bases techniques, en réduisant les risques et en libérant des ressources. La rupture, elle, nourrit l’incrémental en générant de nouvelles pistes d’optimisation
▶️ Inno@cteur : Comment choisir entre deux projets (un en incrémental ou un en rupture) ?
- Si on a a choisir entre deux projets, on analyse le niveau de maturité technologique (TRL), les verrous et risques acceptables, la pression marché, la capacité d’absorption interne et le bénéfice attendu. Le bon choix dépend du contexte, pas d’une préférence culturelle
▶️ Inno@cteur : Quels profils faut‑il mobiliser ?
- Pour l’incrémental : experts process, méthodes, qualité, maintenance. Pour la rupture : chercheurs, concepteurs, spécialistes matériaux et du fondamental (extérieur). Mais la clé reste l’hybridation : les projets les plus puissants naissent du croisement entre opérationnels et explorateurs. Sans oublier un bon chef de projet pour piloter le projet
▶️ Inno@cteur : Comment éviter que la rupture ne reste au stade du concept ?
- En intégrant très tôt les contraintes industrielles : capabilité, coûts, cadence, sécurité, normes. Une rupture qui ignore la réalité de l’atelier ne survit pas. Des pilotes, pré‑séries – sont essentiels pour passer du laboratoire à la production. Et on déploie une démarche agile
▶️ Inno@cteur : Finalement, quelle est la meilleure stratégie ?
- Combiner les deux : une grande partie de projets incrémentaux (optimiser et exploiter l’existant) et une petite partie de projets plus en rupture (pour préparer les produits ou les services de demain).
BPI France - Financement de projets
BPI France ? Bon, c'est français, ça c'est certain. Comme le Champagne 🧀 ! Mais en quoi BPI France peut-il me donner un accès rapide aux interlocuteurs capables de débloquer un financement pour un projet ?
✨🚀 BPI France – Pour aider à faire émerger de l’Innovation en fonderie et métallurgie🔧
▶️ Inno@cteur : On parle beaucoup de BPI France, mais quelle est réellement son implantation ?
- BPI France est présente via plus de 50 implantations régionales, au plus près des entreprises. Cette proximité permet un suivi direct, une compréhension fine des filières locales et un accès rapide aux interlocuteurs capables de débloquer un financement ou d’orienter un projet
▶️ Inno@cteur : Quel est le mode d'action de BPI France ?
- Son modèle repose sur trois piliers : financer, accompagner et garantir. Elle intervient en cofinancement avec les banques, en soutien direct via des prêts ou subventions, et en garantie pour sécuriser les investissements privés. Cette approche hybride réduit le risque pour l’entreprise tout en accélérant la mise en œuvre des projets
▶️ Inno@cteur : Quels types de services sont proposés ?
- Le spectre est large : prêts d’innovation, aides à la R&D, financement d’équipements productifs, soutien à l’export, capital-investissement, programmes d’accélération sectoriels, diagnostics stratégiques, accompagnement à la transformation numérique. BPI France n’est pas seulement un financeur : c’est un partenaire de croissance
▶️ Inno@cteur : BPI France intervient elle uniquement sur les projets technologiques ?
- Non. Elle soutient aussi la structuration des entreprises : modernisation industrielle, transition énergétique, cybersécurité, montée en compétences, internationalisation. L’objectif est d’aider les PME et ETI à devenir plus robustes, plus autonomes et plus compétitives
▶️ Inno@cteur : Comment un ingénieur peut-il mobiliser BPI France dans son entreprise ?
- En identifiant les besoins : financement d’un prototype, achat d’un équipement stratégique, montée en TRL, étude de faisabilité, industrialisation, export. Ensuite, en se rapprochant de la délégation régionale. Les conseillers BPI France sont habitués aux dossiers techniques
▶️ Inno@cteur : BPI France accompagne-t-elle aussi les projets à forte intensité scientifique ?
- Oui, notamment via les dispositifs DeepTech
▶️ Inno@cteur : Quel est l’avantage pour une entreprise de travailler avec BPI France plutôt qu’avec un financeur classique ?
- La compréhension technique. Les équipes BPI France connaissent les cycles longs, les verrous technologiques, les contraintes d’industrialisation. Elles évaluent un projet non seulement sur sa rentabilité, mais aussi sur sa robustesse.
▶️ Inno@cteur : Finalement, quel rôle joue BPI France dans l’écosystème industriel français ?
- Un rôle d’accélérateur. Elle fluidifie l’accès au financement, structure les projets, sécurise les risques et connecte les acteurs. Pour les ingénieurs, c’est un levier puissant pour transformer une idée en innovation concrète.
Et les vidéos de formation de l'Université/BPI France (achat, finance , innovation, RH) sont Top !
Hasard et Innovation
Le hasard 🎲🎲a un rôle crucial dans l’innovation, mais il est souvent sous-estimé. Le hasard joue le rôle de déclencheur, à condition que l’esprit soit préparé à le reconnaître. Par hasard, lisez cet article
L’innovation est-elle soluble dans le hasard ?
▶️Innov@cteur : Drôle de titre. Mais quel est le rôle du hasard dans l’innovation ?
- Le hasard a un rôle crucial dans l’innovation, mais il est souvent sous-estimé. Le hasard joue le rôle de déclencheur d’idées nouvelles, à condition que l’esprit soit préparé à les reconnaître et à les exploiter
▶️Innov@cteur : Et au fait, le mot "hazard", il vient d'où ?
- Le mot hazard désignait au moyen âge un joueur, en particulier un joueur de dés. C'est une variante de l'ancien français hasart qui vient lui-même de l’espagnol azar. Ce mot ibérique tire son origine de l’arabe andalou az-zahr qui signifie « jeu de dés ». Au fil du temps, le mot est souvent associé à l'imprévisibilité des évènements
▶️Innov@cteur : Tu as des exemples ?
- Oui, les plus célèbres sont la pénicilline - découverte par Alexander Fleming - grâce à une culture contaminée par erreur. Les rayons X ont, quant-à-eux, été trouvés à la suite d’une plaque photographique oubliée près d'un tube cathodique (Wihelm Röntgen, 1895). Le four à micro-ondes a été imaginé (Percy Spencer en 1945) par une barre de chocolat fondue dans la poche d'un ingénieur radar. Les premiers aliments à avoir été délibérément chauffés par des micro-ondes sont du pop-corn puis un œuf (qui a explosé au visage des expérimentateurs). Le Viagra (1996) est à l’origine un médicament destiné à soigner l’angine de poitrine mais aux effets secondaires inattendus, sur lequel la molécule à été repositionnée, avec l’immense succès commercial que l’on sait. Le Kevlar (Stéphanie Kwolek, 1964) est une polymérisation accidentelle (avec initialement l’idée de mettre au point un matériau destiné à remplacer le cordon en acier dans un pneu automobile) qui aurait dû être jetée. Le Post-it (Spencer Silver, 3M, 1968) est à l’origine en lien avec une colle trop faible (obtenue en mélangeant en proportions diverses des monomères envoyés par un fournisseur) à qui l'inventeur a trouvé un usage différent. Plus près de nous, en 2021, des chercheurs ont découvert par hasard que certains systèmes CRISPR (ciseaux génétiques) pouvaient détruire des virus entiers et non pas seulement couper l’ADN
▶️Innov@cteur : Donc pour innover, le hasard est préférable à la rigueur scientifique et à une démarche rigoureuse ?
- Non, on ne peut vraiment pas dire cela. Car premièrement, le hasard ne se planifie pas et ne décrète pas. Il arrive (ou pas). L’innovation naît souvent d’un équilibre entre rigueur et ouverture à l’imprévu (un partenaire inédit adoptant une posture inhabituelle, un membre dans l’équipe de R&D très "décalé", une manip qui donne des résultats inattendus, …). Mais le hasard ne suffit pas. Il faut une capacité à l’interpréter, à l’exploiter et à l’intégrer dans une démarche structurée. L’équipe de R&D doit être capable de reconnaître la valeur d’un événement imprévu.
Le Dispositif Expérimental ⭐
Un dispositif expérimental, ce n'est pas un chapeau à plumes🥳, ce n'est pas non plus une omelette norgévienne ou une verre ébréché. Ce n'est certainement pas une baignoire. Encore que ...
🛢️🛢️🛢️ Une baignoire est un dispositif expérimental ... pour innover ?
▶️Innov@cteur : Une baignoire, tu plaisantes ?
- Eh non ! Les frères Schlumberger ont utilisé une baignoire remplie de sable, de terre et d’eau pour reproduire la croûte terrestre et l’on équipé avec un potentiomètre pour repérer les anomalies et mesurer la résistivité des sols. Cette expérience est un cas d’école car dans une baignoire, il n’y a pas de bruits parasites, c’est une preuve de concept (PoC) ingénieuse et la vitesse d’itération est importante. Ils passent au système réel en 1912 dans la propriété familiale et aux premières applications à Pechelbronn en Alsace en 1927, en descendant une sonde dans un puits et en traçant la courbe de résistance des roches. Les 2 frères donnèrent naissance à la “diagraphie au câble” (Wireline logging), technologie encore largement utilisée dans la recherche pétrolière moderne
▶️Innov@cteur : Mais qu’appelle t-on dispositif expérimental ?
- Cela peut être un banc d’essai, une maquette (échelle réduite), un simulateur physique. Mais ce n’est pas le système physique réel
▶️Innov@cteur : Pourquoi ne pas étudier directement le système réel ?
- Un dispositif expérimental en R&D se justifie dans plusieurs cas :
✔️Pour isoler des variables et comprendre un phénomène. Sur le système réel, d’autres paramètres viennent “polluer” la réponse
✔️Pour réduire les coûts et les risques. On peut tester les “limites” du dispositif
✔️Pour explorer des conditions extrêmes rares (et peu probables sur le système réel)
✔️ Pour accélérer le cycle d’apprentissage
▶️Innov@cteur : Quid du CIR (Crédit Impôt Recherche) ?
- Les dispositifs expérimentaux sont plus facilement éligibles au CIR car ils démontrent une démarche de levée de verrous scientifiques
▶️Innov@cteur : Faut-il instrumenter de manière importante un dispositif expérimental ?
- Oui, tout à fait. Car contrairement au système réel, où l’on cherche souvent juste à savoir si “ça marche”, le dispositif expérimental doit expliquer pourquoi et comment cela fonctionne. On placera donc le maximum de capteurs à différents endroits. Ces capteurs seront également utiles pour recaler, si besoin, les modèles numériques, permettront de détecter des phénomènes transitoires et rapides (au démarrage de l’installation par exemple ou dans des situations extrêmes) et assureront la répétabilité du fonctionnement
▶️Innov@cteur : Un dispositif expérimental est toujours une version miniature du système réel ?
- C’est souvent le cas. Mais il peut s’agir aussi d’une partie du système réel (et non la totalité). Là où des verrous techniques sont à lever
▶️Innov@cteur : Et si cela ne marche pas ?
- Sur un système réel, l’échec est une catastrophe. Sur un dispositif expérimental, l’échec est une donnée. Et le dispositif expérimental est en général modifiable à moindre coût
Michelin Innovation Lab
Quel rapport entre le Guide Michelin et l'Innovation ? Trouvez un bon restaurant, avec un menu gastro 🍴cela peut être innovant. Ou un restaurant où l'on resterait dans le noir absolu. Non, c'est pas ça ! --> Perdu. Rejouez.
🛞🛞🛞 Le Michelin Innovation Lab (MIL) et la diversification
▶️ Inno@cteur : C'est quoi le MIL ?
- Lancé en 2014, le MIL est l'un des leviers pour explorer les possibilités de nouveaux business
▶️ Inno@cteur : Sur quoi repose le processus de création au MIL ?
- Trois grandes phases : L'idéation, la maturation et l'incubation
✅ L'idéation permet aux employés de Michelin de déposer des idées toute l'année, via une plateforme collaborative
✅ La maturation passe par un pitch (5 min.) 3 fois/an devant le "middle management", et si l'idée est retenue, l'employé a 3 mois (et consacre 20 % de son temps) avec un budget de quelques k€ pour tester la désirabilité du produit et le marché. Il est accompagné par un coach maturité du MIL
✅ L'incubation démarre après un autre pitch (15 min.) devant un jury de décideurs internes pouvant à termes financer le projet. Le budget peut atteindre plusieurs centaines de k€ et le projet se concentre sur la viabilité économique et la faisabilité technique. Si l'incubation est un succès, on passe à une phase de scale-up
▶️ Inno@cteur : Et si le projet est un échec ?
- No problemo. La philosophie du MIL accepte l'échec et encourage des façons de penser différentes, l'empathie et la curiosité
▶️ Inno@cteur : Quelques résultats issus du MIL ?
- RESICARE, une résine colle hautes performances pour l'industrie (non toxique et bio sourcée), WATEA une solution de mobilité à zéro émission à destination des professionnels, ARANEA composites, renfort pour le béton, alliant légèreté et réduction de l'empreinte carbone et WISANEO, une solution de propulsion vélique (aile) pour décarboner le transport maritime
▶️ Inno@cteur : Quel budget consacre Michelin à l'innovation et la R&D ?
- Michelin, c'est environ 125 000 personnes dans le monde sur des implantations industrielles dans 26 pays. L'entreprise consacre plus de 3 % de son CA à l'innovation
▶️ Inno@cteur : Et avant le MIL ?
- Evidemment, beaucoup d'innovations dans le pneumatique (le core business), mais un souci de nouveaux produits de longue date :
✅ Le Guide Michelin (1900) qui décerne les fameuses étoiles Michelin avec des partenariats dans 40 pays, quand "la scène culinaire locale est assez mature"
✅ Le Guide vert (1926) devenu en 2024 le Guide Voyage & Cultures pour la découverte du patrimoine naturel et culturel des régions. Il se décline par région (Bretagne, ..), par pays, par ville (Paris, Rome) ou tranche d'âge avec en 2016 "Les Petits Explorateurs" pour les familles voyageant avec des enfants de 7 à 11 ans
✅ L'application ViaMichelin (2001) sur PC et smartphones qui couvre 45 pays en 7 langues et dépasse le million de connexion par jour
✅ AddUp, co-entreprise avec Fives Group (fondée en 2016) pour la fabrication d'imprimantes 3D métal
✅ Tablets Hotels (rachat en 2018), spécialiste de la recommandation et de la réservation d'hôtels de charme et de luxe
[ MIL - source Forbes.fr "à la rencontre du MIL ..]
L'Innovation Produit vs Process
Faut-il faire de l'innovation produit ou de l'innovation produit ? Et c'est quoi au juste le distingo entre les 2️⃣? Si c'est pas clair (le brouillard quoi) pour vous, passez quelques minutes sur ce post. Ou pas !
🎯 Innovation Produit versus 🎯 Innovation Process
▶️ Innov@cteur : C'est quoi la différence entre les 2 ?
- L'innovation process désigne la mise en œuvre de méthodes de production (ou de distribution) nouvelles ou significativement améliorées. L'objectif est de réduire le coût de production, d'améliorer la qualité, d'accroitre la flexibilité industrielle ou bien encore de réduire l'impact environnemental ou la consommation énergétique des machines. A contrario, l'innovation produit consiste à concevoir, produire et commercialiser un produit ou un service nouveau pour le marché grand public (BtoC) ou industriel (BtoB)
▶️Innov@cteur : Quid du niveau d'investissement, des risques et de l'impact sur le chiffre d'affaires associées à ces 2 types d'innovation ?
- Pour l'innovation produit, l'investissement initial est élevé (R&D, prototype, marketing) et le risque est fort (incertitude du marché, échec commercial) mais l'effet sur le chiffre d'affaires important (nouveaux revenus, nouveaux clients). L'innovation process nécessite, quant-à-elle, un investissement initial modéré (équipements, formation, IT), présente un niveau de risque plus réduit (optimisation de l'existant) avec cependant un effet plus limité sur le chiffre d'affaires (amélioration de la marge)
▶️Innov@cteur : Peut-on combiner les deux ?
- Oui, dans l'aéronautique, par exemple, Airbus ou Safran développent des nouveaux produits et en parallèle optimisent leurs chaînes de production avec l'utilisation massif du numérique pour optimiser les paramètres de fabrication. Cela offre un avantage concurrentiel durable difficile à copier si les 2 innovations sont intégrées
▶️Innov@cteur : Justement, quel est le plus facile à copier ?
- Clairement l'innovation produit - accessible à l'achat à la concurrence et qui peut faire alors du rétro-ingénierie - alors que l'innovation process demeure dans l'usine [bien au chaud]
▶️Innov@cteur : L'innovation produit est-elle accessible à un sous-traitant qui produit des pièces pour des donneurs d'ordre ?
- Oui, mais cette innovation sera évidemment plus technique que marketing. Par exemple, un sous-traitant peut développer un nouveau matériau (ou process) propriétaire aux performances optimisées, participer en amont à la R&D avec un DO pour simplifier le produit, améliorer la finition de surface des pièces, passer de concepteur de pièces unitaires à l'assemblage de sous-ensemble complets ou encore intégrer des capteurs, de la connectique ou de l'électronique
▶️Innov@cteur : Sur quels outils s'appuyer pour faire de l'innovation produit ?
- Pour innover efficacement, il est crucial de combiner des méthodes créatives avec des outils de gestion structurées. Il faut en effet, à la fois, comprendre les besoins utilisateur, générer un grand nombre d'idées, les prioriser, résoudre les problèmes techniques, prototyper rapidement et piloter le développement produit.
L'Innovation Collaborative
Si j'innove seul - dans ma cave - , je garde les inventions et la valeur ajoutée pour moi seul. Cooool ! Alors pourquoi collaborer avec d'autre ? Je suis bien, moi dans ma cave 😁(au frais, tout seul)
💎 L'Innovation collaborative, et si on en parlait ?
▶️Innov@cteur : Pourquoi est-elle dite collaborative ?
- Parce que plusieurs partenaires (entreprises, laboratoires académiques, centre technique #cetim, sous-traitant, ...) collaborent ensemble à un projet de R&D
▶️Innov@cteur : J'imagine qu'il y a des avantages à procéder ainsi ?
- Oui, de multiples. On peut citer l'accès élargi aux compétences des partenaires pour lever les verrous techniques, le partage des coûts et des risques, l'accélération de l'innovation (plusieurs équipes en parallèle), l'accès possibles à de nouveaux marchés, la stimulation de la créativité (en mixant des profils divers), l'effet d'apprentissage collectif et enfin l'accès à des financements publics (FUI, Bpifrance, Horizon Europe, ..)
▶️Innov@cteur : Pas trop compliqué de travailler à 3, 5 ou 7 partenaires ?
- Un projet de R&D en particulier multipartenaires, cela se manage de près ! Il faut tout d'abord découper le projet en lots (ou WP) et préciser pour chaque lot le pilote, les objectifs, les partenaires concernés, qui fait quoi, les risques (techniques, organisationnels) possibles, les livrables, .. Etablir une gouvernance claire, favoriser la confiance et la transparence entre partenaires mais également utiliser une plateforme numérique pour faciliter la co-création, l'échange et la mise en commun de documents et le suivi de projet. Le rôle de chef de projet est également un point clef. Il faut prévoir des revues de projets régulières où seront balayées l'avancement techniques et les points de blocage
▶️Innov@cteur : Comment se mettre d'accord sur l'appartenance des résultats ?
- C'est un point de vigilance. Il faut, dès le début du projet, contractualiser via un accord de consortium sur les brevets et know-how déjà acquis par chaque partenaire avant le projet, le partage de la PI en fin de projet (clauses d'utilisation dans un périmètre), le droit d'utiliser les résultats à des fins de R&D, ..
▶️ Innov@cteur : Donc, il faut forcément faire de la R&D collaborative ?
- Non, dans certains cas, l'innovation en interne est plus pertinente : time-to-market très serré (l'innovation collaborative rajoutant des délais), partenaires non alignés sur la vision de l'entreprise, avantage concurrentielle basée sur le secret, pas de souhait de partager des données d'entrée, culture d'entreprise favorisant les projets internes, absence de cadre juridique clair (pour le partage de la PI)
▶️ Innov@cteur : Il y a des alternatives à la collaboration ?
- Ma voui mon cher. La sous-traitance ciblée (sans donner d'informations sensibles), l'innovation interne renforcée (via des cellules de R&D agiles, des hackathons internes) ou de l'Open innovation contrôlée par exemple en faisant appel à des idées externes (concours, plateformes) sans engagement contractuel fort.
Le Cycle du Hype ❓ ⭐
Pourquoi aurait-on besoin d'une courbe pour décrire quelque chose d'incertain ❓Et c'est quoi ce nom bizzare❓Le Hype, le Hype de quoi ❓C'est quoi ce fameux pic des attentes exagérées ❓
🧊 Le cycle du Hype en Innovation : On vous dit tout ! 🧊
▶️ Innov@cteur : C'est quoi ce cycle ?
- C'est une courbe qui décrit l'évolution de l'intérêt d'une technologie (en Y) fonction du temps (en X). On distingue 5 phases : le lancement d'une technologie, le pic des attentes exagérées (emballement médiatique avec une myriades de startups), le gouffre des désillusions (l'intérêt retombe, la techno est "nulle"), la pente de l'illumination (des entreprises persistent et les premières applications industrielles réussies commencent à arriver) et enfin de plateau de productivité (vers la maturité où l'on identifie les vrais créneaux d'applications avec une rentabilité économique)
▶️ Innov@cteur : Et ça sert à quoi ?
- Cette courbe, mise à jour annuellement par le Gartner Group (USA), son inventeur, permet de rendre compte de l'état d'avancement des technologies majeures
▶️ Innov@cteur : Tu as des exemples de pic des attentes exagérées ?
- La fabrication additive, par exemple, il y a quelques années, devait remplacer les usines de production en série. Actuellement, l'IA est au sommet du pic : les emplois d'ingénieurs allant être tous supprimés si on écoute sans avis critique le buzz médiatique. Dans tous les métiers techniques, on rencontre de tels pics pour des techno spécifiques. Le process lost-foam en fonderie devait ainsi "remplacer" le moulage sable
▶️ Innov@cteur : Le cycle du hype permet de prendre du recul par rapport au pic d'emballement ou au gouffre des désillusions
- Oui, c'est bien cela
▶️ Innov@cteur : Toutes les technologies suivent les 5 phases ?
- Non, bien entendu. Le concept de cycle du Hype n'est qu'un modèle qui n'échappe d'ailleurs pas aux critiques (pas scientifique car axe Y lié à un pic médiatique, ne permettant pas de réaliser des prédictions fiables, ...). Le cabinet Gartner reconnait d'ailleurs lui-même que son modèle est subjectif
▶️ Innov@cteur : Pourquoi un tel succès de cette courbe alors ?
- Parce que la courbe montre que - contre-intuitivement - le pic de popularité d'une innovation ne coïncide pas avec sa rentabilité économique. Toute nouvelle technologie, même si elle paraît super prometteuse, doit d'abord murir, se confronter aux cas d'usages, rencontrer des échecs avant d'être aboutie techniquement pour permettre des gains économiques et trouver in fine son marché
▶️ Innov@cteur : Les entreprises n'auraient donc pas intérêt à se lancer dans une techno au pic du cycle, mais plutôt à attendre le plateau de productivité ?
- Très bonne question ! Tout d'abord, on l'a dit, le cycle du Hype n'est pas une vérité gravée dans le marbre. Dans certains cas, le gouffre des désillusions est peu profond, dans d'autres, il n'y a pas d'emballement médiatique (donc pas de pic). Ensuite chaque entreprise a une capacité différente à absorber l'innovation, à y consacrer des équipes et des budgets, à tolérer des essais et erreurs, à se créer un REX en identifiant les usages pertinents
Ces billets sont, pour certains, sous la forme d'une conversation avec Innov@cteur, être fictif qui s'interroge, tout comme le lecteur, et veut progresser sur cette thématique passionnante qu'est l'innovation.
Sites en rapport avec différentes thématiques : Centres techniques Industriels, organisations profesionnelles, écoles d'ingénieurs, sites institutionnels (BPI France, Ademe), ...